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Mercredi 19 mars 2008 3 19 /03 /Mars /2008 16:03
Hier, rendez-vous chez la psy. Cette fois, je vais à peu près bien, disons que je ne suis pas dans un état critique comme ça m'arrive parfois. Dans mon lit, dans la voiture, je me demande déjà: mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter aujourd'hui???Quand ça va pas, c'est facile, ça sort tout seul, c'est une loghorée plaintive. Mais quand tout va à peu près bien? Pas envie de me remettre le nez dans le caca, ça non. 

J'arrive un peu en retard, elle range son bureau et vient me chercher dans la salle d'attente. Je la vois arriver, toute petite, moi qui suis si grande. Je me sens gênée. Son cabinet est au rez-de-chaussée de sa maison, je peux donc, si je veux, explorer, quand je suis en avance, sa salle de bains, voir quelle crème elle met, ou quel shampoing,  quel parfum, si elle a des bijoux.  Il suffit que j'aille me laver les mains. Ca me gêne aussi, de pénétrer ainsi son intimité, et en même temps c'est intrigant. Elle est assez simple en fait, ce n'est pas une salle de bains de femme fatale, ni de coquette. Un peu je m'en foutiste, plutôt. Pas attachée aux choses, aux apparences.

Elle arrive, donc, et me propose d'aller faire du café, si ça ne me gêne pas bien sûr, oui j'ai déjeuné merci, il est 9h05, j'avais rendez-vous à 9h. Je la suis dans la petite cuisine, je me demande pragmatiquement si ce temps est décompté de ma consultation, ou pas. Me voilà adossée contre le mur de sa cuisine, je suis mal à l'aise, je n'ai , paradoxalement, rien à dire à cette femme. Ce n'est ni une amie, ni un membre de la famille, ni une collègue. Elle me parle de son déménagement (la maison va redevenir un cabinet à part entière), elle n'a jamais été propriétaire, elle a été faire un tour au supermarché et a trouvé une cafetière qui fait aussi thermos, étonnant non, coup de bol elle l'a acheté. Elle commente ses mesures pour le café, meuble un peu le silence. Ladite cafetière filtre maintenant son jus de chaussette. Je n'aime vraiment que les expressos, mais je sais déjà que je boirai celui-là tout à l'heure, parce que ça me donnera une contenance, occupera mes mains.

J'observe cette femme qui connaît tout de moi. Je ne l'aime pas, en fait. Ce n'est pas quelqu'un avec qui j'aurais des affinités, dans la vraie vie, pas quelqu'un avec qui j'aimerais parler. Quand on évoque des sujets divers, autres que ma vie à moi, je la trouve bornée, froide, étriquée. Je ne lui dis pas ce que je pense vraiment, à quoi bon? Je me demande comment je peux confier à cette femme mes soucis, mes questionnements personnels, les détails les plus intimes de ma vie. Que pense t-elle de moi, en vrai? Comment me regarde t-elle? Est-elle contente de me voir, ou se dit-elle: "oh non, voilà le rdv avec Melle X"??? 

Après quelques bavardages, le café bien au chaud dans son thermos tout neuf, nous nous rendons, elle devant, moi derrière, dans le cabinet, où je me sens mieux. Je paye, donc je suis un peu chez moi. C'est curieux. Elle me sert une tasse de café bien chaud, que je sucre et que je m'empresse de tenir dans mes mains, pour les occuper. Il faut toujours que je joue avec mon collier, un bracelet, une bague. Je triture un mouchoir. J'ai enlevé mes chaussures, comme chez maman. Pour ne pas salir, pour être à l'aise, aussi. 

Quelques banalités encore, comment entrer dans le vif du sujet? Je ris, je plaisante, comme pour reculer le moment où il faudra parler. Comment commencer, surtout quand tout va à peu près??? Je parle enfin du petit bout de chemin que j'ai parcouru durant ces 15 jours, puis vient le moment, inévitable, où mes yeux s'embuent. J'essaie vainement de retenir mes larmes, je n'y parviens pas, tant pis je pleure, je sais qu'elle me regarde, voit que ce que je dis me trouble, comment l'interprète t-elle? Je tire un à un des mouchoirs de la boîte recouverte du même tissu que le canapé. Un accessoire important, pour un psy, que la boîte de mouchoirs. Finalement, ici, en face de moi, je la trouve bienveillante, concentrée, attentive. Je l'aime bien, dans ce cadre là. 

Il va maintenant falloir briser là, se quitter. C'est alors à son tour de juger le moment opportun. Je regarde ma montre, le café n'a pas entamé mon temps de parole. Je la vois tenter de mettre fin à mon monologue, un peu gênée. Elle pose la tasse, se lève et se dirige vers son bureau, en reprenant la conversation des banalités. Nous voilà revenues dans le monde réel, commun. On fixe un rendez-vous. Je me lève, et pose, gênée, le billet que je viens de tirer de mon portefeuille, après avoir jeté les mouchoirs multicolores dans la poubelle sous le bureau. Il va falloir se dire au revoir. Chez le psy, on ne sort pas par la même porte que celle par laquelle on est entré. C'est assez métaphorique, finalement. Je lui serre la main, je suis gênée, je sens tout le poids, tout l'espace occupé par mon corps. Je chausse mes lunettes noires, je pars sans me retourner, avide d'atteindre la rue, puis ma voiture, sans croiser âme qui vive. J'ai les yeux et le nez rouges, et j'ai envie d'une clope, réfugiée devant mon volant, sous le pare-soleil. ça va mieux, enfin. J'allume la radio, je démarre: me revoilà dans la vraie vie.
Par Babouk - Publié dans : Au plafond
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Commentaires

Pinaise... Tu vas dans la salle de bain, la cuisine de ta psy... Je me suis demandée si tout cela n'etait qu'un fantasme, un rêve ou la réalité... Je n'ai jamais connu cela et je crois que je n'aurais pas aimé a priori. Moi c'était hyper formel mais j'avais plein d'interrogations: elle est comment dans la vraie vie, est-ce qu'elle boit du café ou du thé... J'ai aussi tout un tas de réponse fantasmées à ce sujet!!! Mais son parfum, je sais lequel c'est, parfois dans les grands magasins je le cherche et le sens, je la sens un an plus tard à des centaines de kilomètres d'elle. Ton blog ne doit pas être si mal, tu vois, tu me fais me livrer et m'oser à une prose intime... Il est bien ton blog, il te ressemble et je t'embrasse.
Commentaire n°1 posté par clem le 27/03/2008 à 17h14
Merci ma Fraise! C'est vrai que c'est assez gênant cette proximité de sa vie à elle, mais souvent je me retiens d'aller aux toilettes parce que j'aime pas aller ds sa salle de bain, et la cuisine ça a du arriver deux fois. Curieux cette histoire de parfum de ta psy, moi si un parfum me trouble c'est celui de mon homme, d'un ex, ou de mes parents....mais je comprends, si c un parfum entêtant (lequel??), il a dû accompagner tes séances et est resté empreint de tout ça^^
Commentaire n°2 posté par Babouk le 27/03/2008 à 20h59

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